Les biocarburants : présentation et explications

Un biocarburant est un carburant liquide produit à partir de biomasse : plantes, résidus agricoles, huiles usagées, déchets. En Europe, il n'est presque jamais utilisé pur ; il est incorporé aux carburants fossiles, à des taux fixés par la réglementation.
Deux filières, deux chimies
La filière essence repose sur l'éthanol, obtenu par fermentation des sucres de la betterave, du blé ou du maïs. Il est incorporé jusqu'à 10 % dans le SP95 E10, et jusqu'à 85 % dans le superéthanol, qui exige un moteur adapté ou un boîtier de conversion.

La filière gazole repose sur les esters méthyliques d'huiles végétales, obtenus par transestérification du colza, du tournesol ou d'huiles usagées. Ils sont incorporés jusqu'à 7 % dans le gazole courant, davantage dans le B30 réservé aux flottes.

L'ETBE, le détour par la chimie
L'éthanol s'incorpore mal à l'essence au-delà d'un certain seuil : il attire l'eau et augmente la tension de vapeur. L'ETBE contourne le problème. C'est un éther obtenu par réaction de l'éthanol avec l'isobutène, qui apporte de l'oxygène au mélange, améliore l'indice d'octane et supporte mieux le stockage et le transport en oléoduc. Une part importante de l'éthanol européen est consommée sous cette forme, sans que l'automobiliste le sache.
Le bilan carbone, et ce qui le décide
Les réductions d'émissions annoncées, souvent de 50 à 70 % par rapport au fossile, dépendent entièrement du périmètre retenu. Comptée sur la seule combustion, la biomasse est neutre, puisque le carbone relâché avait été capté par la plante. Comptée du champ au réservoir, il faut y ajouter les engrais azotés, le carburant des tracteurs, l'énergie de distillation et le transport.
Reste le poste le plus disputé : le changement d'affectation des sols. Si la culture énergétique déplace une production alimentaire qui va s'installer ailleurs sur une prairie ou une forêt, le carbone libéré par ce défrichement peut annuler le gain pendant des décennies. C'est le raisonnement qui a conduit l'Union européenne à plafonner les biocarburants de première génération et à sortir progressivement l'huile de palme.
Générations et débouchés
La première génération utilise la partie alimentaire de la plante, sucre, amidon, huile, et entre donc en concurrence avec l'assiette. La deuxième utilise la lignocellulose : pailles, résidus forestiers, cultures dédiées sur terres pauvres. Techniquement au point, elle reste chère. La troisième, à base de micro-algues, n'a pas dépassé le stade des démonstrateurs.
Sur
les véhicules légers, l'électrification a pris l'avantage : le rendement du
puits à la roue y est sans comparaison. Les biocarburants se replient sur les
usages où la densité énergétique du liquide reste irremplaçable, aviation,
maritime, poids lourds longue distance, engins agricoles, et c'est là que
se concentrent aujourd'hui les mandats d'incorporation.
Le
carburant d'aviation durable, produit à partir d'huiles usagées et de graisses
animales, illustre la limite de l'exercice : la ressource en déchets est
finie, et très inférieure à la consommation du secteur.